Leçons d’un procès historique. Faire ce que les autres ne font pas, c’était le moteur d’Ahmed Abdallah Mohamed Sambi pour laisser une trace dans l’Histoire. Désormais, il est le premier ancien président à être traduit en justice, jugé, puis condamné à perpétuité.

“J’ai l’impression d’être traqué”, avait-il dit lors de son apparition au tribunal de Moroni. Le tribunal correctionnel s’est montré d’une rare justesse avec l’ancien Raïs, qui devient le premier ex-président à être condamné pour corruption et haute trahison. Dans une affaire au demeurant grotesque, celle dite «Programme de la citoyenneté économique», qui s’annonçait pourtant comme l’épopée gracieuse, la plus importante de la gouvernance Sambi (2006-2011).
Ce programme censé soutenir le développement des Comores n’a finalement servi que des intérêts purement personnels. Des personnalités sulfureuses, des criminels recherchés dans les quatre coins du monde sont détenteurs du sésame vert des Comores; passeport ordinaire comme diplomatique, mais aussi naturalisations à tout va.
Jusqu’ici aucun esprit n’a résisté à la tentation de l’abus de pouvoir, de l’ère Sambi et de ses acolytes ; RIEN n’a résisté à l’appétit insatiable, presque maladif, de la position hiérarchique qu’ils occupaient. Rappelez-vous, il n’y a pas si longtemps. La grande majorité des gens qui entourait Sambi, de l’Assemblée Nationale à la Présidence, en passant par les ministères régaliens au sens le plus strict, tout comme au plus étendu, la justice, la diplomatie, l’économie; ont volé…..et regarder voler, tricher et regarder tricher.
Sambi, lui-même avait déjà porté plainte contre ses proches collaborateurs ; détrompez-vous ce n’est pas devant nos tribunaux, ni devant une autre juridiction internationale, ou devant une instance de la justice des Hommes que l’ancien Chef de l’État comorien portait plainte. Mais c’était devant Dieu que Sambi a fait recours. L’ancien Raïs s’était directement adressé à la justice divine pour lui demander de châtier ceux de ses collaborateurs qui se seraient rendus coupables de «trahison». Un extrait qui est entré dans les annales : “J’implore Dieu et je sais que lorsque je l’implore, il exauce toujours mes vœux. Celui ou celle de mes collaborateurs qui m’a trahi, ou trahi l’intérêt de la nation, Dieu va le dévoiler aux yeux de tout le monde», déclarait l’homme auturban.
Qui se rappelle du fameux projet “Habitat” ? Un projet bidon, monté de toutes pièces pour berner le Comorien lambda. Manifestement, son regard, ses ambitions pour les Comores se résumaient à proposer des projets farfelus de nature à faciliter des actes de détournements de fonds publics, à s’engager sur la voie d’un prosélytisme dangereux, en d’autres termes, son mandat ressemblait à la mafia. Un mandat caractérisé par la banalisation des turpitudes.
Les facilités de la formule magique » Raison d’État « , prétexte fallacieux de tant de tricherie inventé par Machiavel, les ont fait chuter… leur ouvrant grandes les portes de l’enfer. Une question légitime se posait depuis longtemps sur la manière dont fonctionne la justice comorienne et sur la responsabilité que doivent assumer les juges de notre pays concernant ce dossier épineux. Chapeau bas aux garants de notre justice.
Les responsables de cette affaire sont très nombreux et bien connus. Un petit État dans l’État, avec ses acteurs et leurs intérêts ; nous dévoilons ici les principaux coupables, les hommes les plus influents du système :
Ahmed Abdallah Mohamed Sambi : Le Parrain ! Le dossier du programme de citoyenneté économique a été mené avec habilité par le Président de l’époque, Ahmed Abdallah Mohamed Sambi dans l’esprit de ne pas s’en remettre à la loi; il se comportait comme le propriétaire de l’Archipel. Ne maîtrisant pas le langage des institutions financières internationales, il a aussitôt mandaté son ami, Bashar KIWAN, pour négocier et baratiner tout le monde dès 2008 alors qu’aucune loi, même contestée, n’existait au palais. Le syrien est un type astucieux et machiavélique. Selon les autorités émiraties, une grosse enveloppe aurait été remise pour encouragement à conclure à chacune des deux personnes citées ici, respectivement 105 Millions US$ pour le Président Ahmed Abdallah Mohamed Sambi et 29 Millions US$ pour Bashar KIWAN. Ça donne le tournis !
Le Président Ahmed Abdallah Mohamed Sambi a ordonné à Mohamed Bacar Dossar, son argentier, de signer le protocole d’avril 2008. Suivant minutieusement son plan, il a par la suite promulgué la loi, rejetée par les députés. Il était culotté notre “Sambi National”. De même, le fait pour le Président Sambi d’avoir accepté une enveloppe d’un montant équivalent à la moitié de la valeur totale du contrat avec Abou Dhabi relève de fait de la haute corruption.

Bashar Kiwan : Le cerveau ! Il est Français, d’origine syrienne, né au Koweït. Homme d’affaires, il est le fondateur du groupe de presse Al Waseet International, au sein duquel il occupe la place de président. Diplômé en science économique, gestion et finance, l’homme connaît parfaitement les rouages des affaires.
Aux Comores, il est connu comme le patron de CGH “Comoros Gulf Holding”. Il avait le rôle de maître d’œuvre et de maître d’ouvrage du “Programme de citoyenneté économique”. Le pivot idéal.
Bashar a fait en sorte que les négociations de ce programme soient menées dans une opacité totale par toutes les parties prenantes et au mépris des procédures des finances publiques.
Le protocole initial de 2008 recommandait le secret sur son contenu. Il érigeait Bashar Kiwan en banque centrale et en trésor public, car il avait la charge de déposer les fonds récoltés sur ses propres comptes bancaires et de les affecter sous forme d’aide budgétaire ou en paiement des réalisations d’infrastructures au proft du gouvernement comorien.

Mohamed Bacar Dossar : Le Cow-boy solitaire. L’argentier, sambiste jusqu’à la moelle, est chargé par le Raïs de traquer les plus coriaces du palais; il faut s’entourer des plus dociles (à l’image d’Ibrahim Mhoumadi Sidi). Parce qu’il faut faire vite,dévaliser les banques de la place, le trésor public, la banque centrale et les Douanes. À Dossar, Sambi lui offre carte blanche, de falsifier les paperasses, de maquiller et d’être garant de tout.
Le protocole signé en avril 2008 entre le clan Sambi, représenté majestueusement par Mohamed Bacar Dossar, alors Directeur de cabinet du Président Ahmed Abdallah Mohamed Sambi et la délégation émiratie révèle une fois de plus la volonté de faire fi de la loi puisqu’il affirme que la loi sur la citoyenneté économique est promulguée alors qu’elle n’existait même pas.
Dossar a bien signé ce document purement mensonger et caduc. De même, en co-signant en tant que Ministre des Finances une convention de reconnaissance de dette en faveur de Bashar Kiwan sur des montants faramineux et douteux.

Ibrahim Mhoumadi Sidi : Le charpentier ! Sidi, est un mal aimé, mais aussi, et surtout une des têtes pensantes du parti Juwa. Verve solide, maillon politique du “Nguwengwé”, l’homme est connu pour ses prouesses. Du latin, on dira “malignus”, qui engendre le mal. Et comme dans toutes les histoires où l’esprit du mal règne, naissent souvent des hommes aux situations confuses.
De Mussolini en Italie, Salazar au Portugal, Metaxás en Grèce, Hitler en Allemagne, les fous chefs d’État ont exploité la même recette en puisant dans le silence et la peur du peuple. Les menaces de déstabilisation, souvent exagérées, ont justifié les tyrannies les plus féroces. Ils ont tous un point commun : détenir dans leurs cours des hommes loufoques comme Sidi.
Pour donner à ce programme une base légale, un groupe de députés, sous la conduite du Député Ibrahim Mhoumadi Sidi n’a pas hésité à violer l’hémicycle et à adopter en dehors de la plénière le texte rejeté que le Président Ahmed Abdallah Mohamed Sambi a volontiers promulgué.

Mohamed Ali Soilihi : Lui, c’est Spirou, le Doyen de la bande. Le plus expérimenté ! Mamadou en personne était la personnalité la plus influente de la présidence Ikililou.
Spirou, son fantasme, c’était toujours de réévaluer les chiffres de base, renégocier, pour gagner encore plus.
Dans la période du Président Ikililou Dhoinine, c’est le Vice-président Mohamed Ali Soilihi qui a négocié les termes du contrat et signé sans donner copie au Président de l’Union ni de lui informer des termes de ce contrat. Il a tout caché, tout est volatilisé !

Anbdou Satar Mohamed Abdallah Sambi : C’est le digne fils d’“El Chapo”. Le neveu bien-aimé était l’émissaire spécial de son oncle Président, pour veiller les machines. Officier de police, il était le responsable du point d’enrôlement à l’Ambassade des Comores à Paris.
Il pouvait aller imprimer autant de passeports qu’il voulait dans les locaux de la Société SEMLEX Bruxelles sans aucun contrôle. Il était en roue libre. Il ravitaillait tous les réseaux parisiens, qui reliaient les côtes de l’Europe avec les passeurs. Dès l’éclatement de l’affaire, il a disparu de la circulation.

Les avocats de Sambi : Qui a pris en charge les frais des avocats étrangers de l’ancien Raïs ? Maître Jean-Gilles Halimi et ses confrères sont payés par la société SEMLEX. Cette société, dont depuis 2008, a émis des passeports de Citoyenneté économique d’abord en connivence avec le Président Ahmed Abdallah Mohamed Sambi et ensuite avec le Président Ikililou Dhoinine, en dehors de tout cadre légal.
Son patron, Albert Karaziwan possède même un passeport diplomatique comorien. En payant les frais de ses avocats, SEMLEX s’assure d’une chose, que les Avocats puissent faire taire à tout jamais Sambi, pour ne pas salir la société, une image est en jeu.
Les Gouvernements comoriens : Les gouvernants se suivent et se ressemblent. Il s’avère que tous les Ministres de l’Intérieur ont soit signé des avenants des conventions, soit prorogé les conventions qui arrivaient à terme participant ainsi à ce crime financier. Les sommes importantes générées par la vente de ces passeports dépassent les 370 milliards, mais moins d’un tiers a transité à la Banque centrale des Comores.
Dhoihir Dhoulkamal, ancien vice-président de l’Assemblée Nationale et ancien Président de la commission d’enquête parlementaire sur la Citoyenneté économique, actuel chef de la diplomatie comorienne est un loup solitaire. Ces échanges avec le sulfureux Bashar Kiwan démontrent à quel point ces gens-là roulent uniquement pour leurs intérêts personnels.
À l’image de Houmed Msaidié, ancien Ministre de l’Intérieur et ancien proche de Mohamed Ali Soilihi (Mamadou), avec qui ils préparaient l’assaut de Beit-salam à la présidentielle. Tout comme Djaé Ahamada, actuel Garde des Sceaux, ancien Député, longtemps considéré comme le protégé de Bashar Kiwan, qu’il a soutenu financièrement à la députation.

Said Dhoifir Bounou : le héros de la nation ! Il a commencé très tôt à servir son pays. Un homme à poigne, reconnu et respecté. Il a tenu tête à toute la mafia du régime Ahmed Abdallah Mohamed Sambi. Il s’est battu, bec et ongles, pour protéger la citoyenneté comorienne. L’ancien Président de l’Assemblée Nationale était un parlementaire coriace. Il a tout refusé, les voyages, les billets, les visas, les shoppings et les paillettes. Un des seuls qui disaient “NON” sincère et définitif à
L’homme au turban, tout le temps ! Le mystérieux voyage du Koweït, il a dit :
“Allez-y, mais sans moi”. Il n’a jamais flanché.
Sambi préfère garder le silence, suivant les conseils des Avocats de SEMLEX. Son silence est l’expression du mépris qu’il éprouve pour la justice de notre pays.
Il a violé la Constitution, il est jugé et condamné avec la plus grande fermeté. Il s’obstine au silence, mais les faits de son règne ne cessent de l’interpeller, les questions légitimes continueront à pleuvoir et de se multiplier. Le peuple a trouvé ses réponses.
Hamid Mohamed